N° 497 8€
J> INTRODUCTION (p.2)
> POUR RAPPEL (p.2)
>> LA RENCONTRE (p.4)
J> JEUNE LOUP BALZACIEN OÙ ADOLES-
CENT EXFILTRÉ PAR SES PARENTS? (p.8)
>> L'OMBRE DE DOMINIQUE
STRAUSS-KAHN (p.11)
INDEX
y
LÉ
FAITS & DOCUMENTS
LETTRE D'INFORMATIONS CONFIDENTIELLES FONDÉE PAR EMMANUEL RATIER
ENQUÊTE
LE MYSTÈRE BRIGITTE MACRON (1
Voici en exclusivité notre enquête sur « Brigitte », premier vrai portrait
non autorisé de cet intrigant personnage à l'influence trop méconnue
qu’à l'Elysée on appelle tout simplement « Madame la présidente »...
« Quand la protection de l’enfance coïncide
avec la crise du personnel, faut plus
comprendre, faut prier ! »
Michel Audiard, Les Tontons flingueurs,
1963.
kkk
«Le problème avec Emmanuel Macron,
c’est que personne, hormis son épouse, ne
peut dire à ce jour qui il est. »
L’Obs, 5 janvier 2017.
« Nous parlions de tout. Et je découvrais que
nous nous étions toujours connus. [...] Un
continent sensible auquel seuls les fragiles
ont accès et où ils peuvent se retrouver ».
Emmanuel Macron à propos de son épouse,
Révolution, XO Editions, 2016.
« Elle compte énormément dans sa vie.
Enormément. C’est une forme de référence
psychologique. »
David de Rothschild, cité par Anne Fulda
dans Un Jeune homme si parfait, Plon, 2017.
« Brigitte est essentielle pour comprendre
Emmanuel Macron. Elle joue un rôle
particulièrement important à ses côtés. »
Alain Minc, cité par Marc Endeweld dans
Le Grand manipulateur, Stock, 2019.
« Emmanuel Macron s'appuie sur deux
piliers, deux regards, deux repères: un
pilier affectif, son épouse, et un pilier
professionnel, Alexis Kohler. Si ces
piliers vacillaient, alors le président serait
déstabilisé. »
Philippe Grangeon, cité par Nathalie
Schuck et Ava Djamshidi dans Madame la
présidente, Plon, 2019.
« Une légende tout en proximité. [...] Les
auteurs les plus inventifs n’y avaient pas
songé, les Macron l’ont fait. Elle est le
quotient émotionnel, il est le quotient intel-
lectuel. Or le cerveau intègre les choses par
l'émotion. [...] Emmanuel Macron aime
briller dans les yeux de sa femme. Pour
perfectionner sa partition, il compte sur son
regard acéré, comme au temps du club de
théâtre d'Amiens. Ses commentaires sont
précieux. Implacable, elle le critique, le
corrige. [...] Jouent-ils la comédie constam-
ment? Quand sont-ils sincères ? Ceux qui
ont côtoyé Emmanuel Macron dans son
ancienne vie n’ont guère de doute: [...]
« Si on n’a pas la clef de lecture du théâtre,
on ne comprend rien. » [...] À l'abri des
regards indiscrets, loin de son image très
lisse, elle est une singulière conseillère
spéciale dont le cabinet présidentiel cherche
méthodiquement à minorer le poids. C’est
avec elle pourtant que le Président teste
nombre de ses idées. Elle est la seule à oser
lui parler si franchement, à avoir le dernier
mot sur l’agenda. [...] Bien plus politique
qu’il n’y paraît, elle le chapitre sans ména-
gement lorsqu'un déplacement est raté, un
discours laborieux, qu’une intervention
télévisée laisse à désirer, que son autorité
s’érode. [....] Il va falloir s’habituer à elle
et composer avec. Au fil de la réunion, les
convives, soutiens politiques de la première
heure, élus socialistes pour la plupart,
découvrent non sans surprise qu’elle est
au courant de tout, du moindre ralliement,
du niveau exact des collectes de dons.
« Madame Macron », comme ils l’appellent
encore, reçoit toutes les notes stratégiques
des conseillers qui entourent son mari ».
Madame la présidente, Nathalie Schuck et
Ava Djamshidi, Plon, 2019.
du 15 avril au 15 mai 2021 FAITS DOCUMENTS
ENQUÊTE
«Tout le monde le sait: Brigitte Macron a été présente à
chaque étape de son évolution politique [...]. Elle est celle
vers qui il se tourne lorsqu'il a besoin de critique sans
complaisance. Il la traite comme une partenaire, d’égal à
égal. Pour certains, M. Macron est un antidote bienvenu aux
politiciens hyper masculins du passé ».
New York Times, 12 mai 2017.
« Elle serait la pierre angulaire du couple. Son socle, son roc.
Certains jugent qu’elle en serait plutôt la faille. Sa faille à lui.
[...] Aux Français, on a dit qu’ils incarnaient la « transgres-
sion », qu’il serait la « disruption ». Ils sont un peu tout ça,
Brigitte et Emmanuel Macron. [...] En cet automne 2015, il
a sa solution personnelle. Impose donc son épouse à son staff,
comme à la face du monde, avec le même naturel déroutant
« On a besoin d’être ensemble, c’est notre oxygène mutuel »,
plaide presque banalement Brigitte lorsqu'on la questionne
sur cette constante promiscuité d’hier et d’aujourd’hui. Elle
l’« accompagne », c’est tout ».
Les Macron, Caroline Derrien et Candice Nedelec, Fayard,
2017.
«La «reine du débriefing », comme elle se surnomme, est
plus que jamais à l’œuvre. La place de choix en réunion ? C’est
à côté de Brigitte, pas de son mari, raillent même certains.
Celle qui s’était engagée pour « préserver leur vie à deux » est
surtout une conseillère très écoutée. Elle est ainsi impliquée
dans le processus de recrutement, s’entretenant de plus en
plus souvent avec les candidats à l’embauche. [...] Coach,
répétitrice, maîtresse de l’agenda, messagère, chasseuse de
têtes, spin doctor... Toutes ces attributions sont, à un moment
ou à un autre, devenues siennes. Des couloirs de Bercy aux
locaux d’En Marche !, elle a même été l’une des seules femmes
d'influence de son entourage ».
Brigitte Macron. L'Affranchie, Maëlle Brun, L’Archipel,
2018.
« À dire vrai, nombre de conseillers n’existent pas. Tout passe
par Brigitte. Tout le monde le sait et l’appelle. [...] Brigitte
Macron n’est pas une conseillère parmi d’autres. Elle est la
première. Sinon davantage... Une «vice-présidente » de
l’ombre. [...] Au palais, la première dame est crainte des
conseillers et des ministres. « Si elle vous a dans le viseur, vous
êtes mort », raconte un collaborateur du Président. Elle n’hésite
pas à s’inviter à des réunions avec des ministres qui portent sur
des sujets proches de ses préoccupations ou de ses domaines
d'intérêts. « Ça glace les ministres qui la voient comme l’œil
de Moscou », confesse un conseiller de l'Élysée ».
Valeurs Actuelles, 20 juillet 2017.
«À plusieurs reprises, Brigitte Macron a affirmé qu’elle
n'avait jamais vécu sa liaison avec Emmanuel comme une
transgression. Si elle le pense réellement, on mesure là l’écart
qui sépare le ressenti du réel. Qu'elle le veuille ou non,
Brigitte a en effet coché toutes les cases de l’interdit. »
Il venait d’avoir dix-sept ans, Sylvie Bommel, JC Lattès,
2019.
Introduction
D'abord, les ressources biographiques relatives à « Brigitte »
et à Emmanuel Macron sont très limitées, contrairement à ce
que suggère l’intense propagande déployée autour du couple.
S’étalant partout dans l’espace public, sur les murs, en tête
de gondole des gares et des rayons des supermarchés, cette
incessante campagne d’affichage de couvertures de journaux
et de livres a fait entrer dans les têtes de manière subliminale un
storytelling pensé par la crème des communicants parisiens.
Sans cesse rabâché, ce roman à l’eau de rose raconte l’histoire
d’un lycéen aussi génial que précoce, Emmanuel Macron
(généralement comparé à « Mozart »), ayant conquis son
professeur, « Brigitte », une femme dynamique, belle et
charismatique (la presse féminine emploie généralement le
terme « solaire »).
À partir du triomphe de cet amour clandestin sur le qu’en-
dira-t-on d’une province étriquée et du machisme ordinaire
communs à l'élite et au petit peuple forcément poujadiste,
Emmanuel Macron aurait forgé un destin extraordinaire. De
sa persévérance à imposer ce couple hors du commun par la
différence d’âge, Emmanuel Macron aurait tiré des ressources
extraordinaires pour partir à la conquête de la France.
Le problème, c’est qu'entre 2012, quand a commencé à être
racontée la geste macronienne, et aujourd’hui, l’histoire a
été maintes fois remaniée, réécrite, laissant entrevoir aux
archivistes que nous sommes l’atelier des auteurs de cette
« légende ». Écrire une biographie de Brigitte et d’Emmanuel
Macron se révèle donc un exercice très spécial, puisque devient
inopérante la méthode traditionnelle qui consiste à compiler
les informations disponibles — dresser l’état de l’art disent les
universitaires — avant de creuser les aspects peu ou pas explorés.
Il nous a donc fallu procéder « en négatif », c’est-à-dire relever
les contradictions factuelles, les incohérences chronologiques
et autres faux grossiers.
Une fois ce travail réalisé, la geste macronienne se dérobe, les
événements s’annulent mutuellement, et ce faisant, laissent
apparaître des zones inconnues, peuplées d’énigmes et de per-
sonnages fantômes. Dès lors, le roman Harlequin qu’on nous
avait servi se transforme en un thriller haletant dans la veine des
meilleurs films de Roman Polanski.
Pour rappel
Précisons ici que les zones d’ombre, incohérences et autres
anomalies dans la biographie d’Emmanuel Macron ne somi
pas propres à son couple et à ses vertes années. Rappelons
qu’il n’est officiellement pas membre de l’Inspectios
générale des Finances, la promotion Sedar Senghor de
PENA, «sa» promotion étant la seule dans l’histoire de
l’école dont le classement fut annulé — « sans influence sur la
situation individuelle des agents issus de la promotion » — par
le Conseil d’État pour « excès de pouvoir » de la direction de
l’école à la suite d’une requête ayant regroupé pas moins de
75 élèves sur les 134 de cette promotion. Seules les initiales
des requérants figurent sur l'arrêté du Conseil d’État. Les
initiales d'Emmanuel Macron n’y figurent pas et ce dernier
n’a jamais été présenté explicitement comme un de ces
« mutins de Senghor ».
de placement en disponibilité de la fonction publique lors de sa
pantoufle chez Rothschild & Cie, et, par conséquent, une non-
réintégration à la fonction publique lors de ses nominations
successives à l'Élysée (2012) puis à Bercy (2014). Fonctions
où il servira constamment les intérêts de Rothschild & Cie,
tout en assumant crânement ses liens d’intérêts conservés
avec la banque dans ses déclarations à la Haute autorité pour
la transparence de la vie publique (HATVP), sans qu'aucun
journaliste ne rapporte, ni ne pose la moindre question sur
ces faits pourtant facilement vérifiables dans les déclarations
officielles et autres publications légales... Pourquoi un
tel traitement de faveur? Comment expliquer ce blackout
médiatique général ? Et si la réponse se trouvait du côté de
son épouse ou de ses « vertes années » ?
La Rencontre
Constituant un des épisodes les plus explosifs de la biographie
d'Emmanuel Macron, sa rencontre avec « Brigitte » fut
placée au centre de la geste macronienne par les spin doctors.
Une façon de prendre les devants et de maîtriser ce récit
pour le faire avaler graduellement aux Français. Déclinaison
de la fable de la grenouille aux techniques de propagande
modernes, cette stratégie impliquait de modifier l’histoire par
petites touches et donc de mentir en jouant comme souvent
sur la chronologie des faits.
Bien qu’identifiée depuis lors, cette manipulation médiatique
de grande ampleur a laissé derrière elle une nappe de brouillard
dans l’esprit du grand public, permettant de faire accepter de
manière subliminale une histoire qui n’aurait jamais pu l’être
si elle avait été exposée clairement dès le départ.
Dans Opération Macron (Éditions du Cerisier, 2019), Éric
Stemmelen a été le premier à soulever ce lièvre en réalisant
une intéressante chronologie de la médiatisation du couple
Macron. Anciennement directeur d’études à la Sofres, direc-
teur des études à France Télévisions et directeur de l’antenne
et des programmes de France 2, ce dernier a mis en évidence
qu’à partir de la nomination à l'Élysée d’Emmanuel Macron
auprès de François Hollande en mai 2012, « la presse répètera
à l’envi que son épouse a « presque vingt ans » de plus que
lui, alors qu’en réalité près de vingt-cinq ans les séparent.
Il sera prétendu partout que, lorsqu'ils se sont connus, elle
aurait eu « 36 ans et lui 17 ». Or, en 1992, Emmanuel Macron
a 14 ans (né le 21 décembre 1977) et termine sa troisième au
lycée La Providence d’ Amiens lorsqu'il joue dans la pièce
Jacques et son maître de Milan Kundera, qu’il a montée
avec son copain Renaud Dartevelle. Brigitte Auzière, alors
âgée de 39 ans (née le 13 avril 1953), se dit enthousiasmée
par le talent du garçon — qui ne sera jamais dans sa classe
de français — et, à la rentrée, elle l’accueille dans l’atelier
théâtre qu’elle dirige, et auquel il participera pendant deux
ans. [...] Brigitte Auzière n’avait donc pas 36 ans quand ils
se sont connus, d’autant qu’elle habitait alors à Strasbourg.
Et lorsque Emmanuel atteint ses 17 ans, il a déjà quitté
Amiens et est élève au lycée Henri-IV à Paris. Ces faits sont
assez faciles à vérifier, même pour un journaliste français.
Le mensonge distillé n’est donc pas une erreur ou un détail
mais une manigance destinée à tromper l’opinion. Et pour
du 15 avril au 15mai2021 FAITS DOCUMENTS
ENQUÊTE
cause: une femme de 36 ans et un jeune homme de 17 ans.
cela peut devenir une idylle romanesque digne de la plumes
d’un Stendhal; une femme de 39 ans et un garçon de 1#
ans, cela éveillerait comme un soupçon de pédophilie. {._&
Acclimater le bon peuple à ce couple insolite, en travestissant
une vérité trop crue, qui ne sera dévoilée que peu à peu, par
bribes successives en 2016 ».
Une fois présentée la trame générale, voici donc une brève (etnes-
exhaustive) chronologie des récits de la rencontre entre Brigis
et Emmanuel Macron. Les passages mensongers sont soulignes.
Ne sont soulignés que les mensonges strictement factuels =
relevant de la manipulation mise en exergue par Éric Stemmeles
(nous nous attaquerons ensuite aux autres mensonges). Ces
chronologie est aussi une manière de présenter la bibliographss
que nous recroiserons au cours de notre enquête:
2012
— 18 septembre 2012, Libération: « Un ancien d’Henri-IM
se souvient: « Il avait une maturité incroyable. Il était copaiæ
avec tous les professeurs de prépa et très peu avec nous. » Us
an auparavant. au lycée. il tombe amoureux de sa professeure
de français, de vingt ans plus âgée et mère de famille. Elle
deviendra sa femme. »; — 28 octobre 2012, Le Monde: « Il a
épousé en 2007 une femme de vingt ans son aînée, professeure
de français et mère de famille. Il l’avait rencontrée à Amiess
lorsqu'il était en première, à l’occasion d’un stage de théâtre. »
2014
—27 août 2014, lemonde.fr : « Emmanuel Macron s’est mans
avec Brigitte Trogneux, de vingt ans son aînée, rencontrée
alors qu’elle était sa professeure de français en première. ==
lycée Henri-IV. » ; -5 septembre 2014, Closer: « Emmante®
Macron en couple avec son ex-prof! Photos exclusives. Es
elle a vingt ans de plus. [...] Celle qui tient fermement sa
main en dévalant les rues escarpées de Montmartre m'est
autre que la prof qu’il a eue lorsqu'il était en première. À
l’âge de 17 ans, il est tombé amoureux de Brigitte, de viest
ans son aînée »; — 19 octobre 2014, Le Parisien: « C'est 3
cette époque que commence une idylle avec sa professeure dE
français, Brigitte Trogneux, 36 ans, soit vingt de plus que ls
[...] Parmi les anciens de la Providence, on s’amuse encess
de cette « amourette naissante entre la prof et son élève =
qui se retrouvaient en cours du soir. « En classe, elle le cisa
tout le temps en exemple », se souvient un ancien. « Elleét==
totalement subjuguée par ses talents d'écriture, Il écrivait sos.
le temps des poèmes et elle les lisait devant tout le monde =.
poursuit un autre. »; —25 octobre 2014, L'Express: « Plss
jeune de vingt ans que son épouse, Emmanuel Macros
fringant ministre de 1’ Économie, incarne, à sa façon, le west
de liberté qui souffle sur les couples. » ; -27 décembre 20912.
Closer: « Inconnu du grand public avant sa nomination ==
ministère de l'Économie, Emmanuel Macron devient vite la
nouvelle coqueluche des médias. Marié à son ancienne prof
de français de vingt ans son aînée, cet ancien de la finance abs
lourde tâche de redresser l’économie de la France. »
FAITS & DOCUMENTS du 15 avril au 15 mai 2021
ENQUÊTE
2015
—3 juin 2015, Madame Figaro : « Près de vingt ans les sépare.
[...] Lorsqu'ils se sont rencontrés, Emmanuel Macron et
Brigitte Trogneux étaient au lycée de la Providence à Amiens.
Cette mère de trois enfants était professeure de français et
lui, son élève de première. [...] Brigitte Trogneux, 56 ans, et
Emmanuel Macron, 36 ans, ont toujours voulu préserver leur
vie privée de l'agitation médiatique. Depuis le mardi 2 juin,
la mystérieuse femme du ministre de l’Economie a enfin un
visage, qu’elle a dévoilé tout sourire à l’occasion du dîner
donné en l’honneur du roi d’Espagne Felipe et de la reine
Letizia au palais de l’Élysée. » ; — 3 juin 2015, lexpress.fr:
« Une première apparition officielle remarquée. Elle était
son professeur au lycée La Providence à Amiens, il était son
élève en classe de première. Amoureux depuis cette époque,
Brigitte Trogneux. 56 ans, et Emmanuel Macron, âgé de
37 ans, se sont mariés en 2007. »; — 1“ juillet 2015, Gala:
« Lorsque Brigitte Trogneux rencontre le jeune Emmanuel
pour la première fois, elle a 36 ans, lui 17. Il est en première
et elle est son professeur de français. Les camarades de classe
observent nettement qu’il est son chouchou puisqu'elle lit tous
ses poèmes en classe à voix haute. »; — 9 juillet 2015, VSD:
« Vingt ans les séparent. Lui était subjugué par la beauté, le
sourire et, déjà, les jupes courtes de sa pétillante professeure
de première. Elle, troublée par le charme de cet élève brillant
dont elle lisait en classe les copies. Il faudra à l’enseignante,
alors âgée de 36 ans, et à son élève de 17 ans attendre un
peu pour vivre leur passion » ; — 28 octobre 2015, L'Express:
« Cadette d’une famille de six enfants, Brigitte Macron [...]
vient à la fin des années 1950, à l’heure de la prospérité
retrouvée, de la folie yéyé et des premières surprises-parties.
[...] Emmanuel Macron et Brigitte Trogneux se croisent
pendant le cours de théâtre qu’elle donne à la Providence, à
Amiens. Il est en première, elle est enseignante. Ensemble,
ils mettent en scène un texte du dramaturge italien Eduardo
De Filippo — « Écrire avec lui, c’était extraordinaire, raconte-
t-elle, plus de vingt ans plus tard, à un ami qui l’interroge
sur leur rencontre. J’avais l’impression de travailler avec
Mozart... » Ils se plaisent. Mais dans cette ville de province,
où tout se sait, où tout se voit, il n’est pas simple pour une
femme mariée, mère de trois enfants, d’aimer un homme de
vingt ans plus jeune qu’elle. Alors qu’il envisage une carrière
d'écrivain, elle insiste pour qu’il apprenne un métier, « sinon
tu auras l’air d’un gigolo », explique-t-elle en substance. » ;
— 18 novembre 2015, L’Ambigu Monsieur Macron, Marc
Endeweld, Flammarion: « Son couple avec Brigitte, son
ancienne prof de français, de vingt ans son aînée. [...] Et c’est
à la Pro qu'il rencontre sa future femme, Brigitte Trogneux.
« Madame Auzière » plus exactement, car l’intéressée est
alors sa professeure de français en classe de première. Elle
est de près de vingt ans son aînée : « En classe. elle le citait
tout le temps en exemple. Elle était totalement subjuguée
par ses talents d’écriture. [...] Il écrivait tout le temps des
poèmes et elle les lisait devant tout le monde », se souvient
un ancien camarade. La professeure semble alors fascinée
par son élève, et se rapproche de lui au sein du club théâtre:
« Ils avaient décidé d’écrire une pièce tous les deux. Il y avait
des dialogues amoureux, et ils se sont rendu compte qu'ils
n’osaient pas s’avouer leurs sentiments », nous explique un
proche du couple. Elle a alors 36 ans. et lui 17. Une rencontre
5
K
j
Elle y fait la rencontre
d'Emmanuel Macron en 1995.
>
il est alors son élève, de
plus de 20 ans son cadet.
>
w
lorsque l’on visite le site du magazine Closer continue
de répéter le double mensonge des 20 ans d'écart et
| al
|
| Le bandeau animé qui se déclenche automatiquement
|
| des 17 ans d Emmanuel Macron lors de la rencontre.
qui marquera Emmanuel Macron pour le reste de sa vie, mais
qui ne manque pas de susciter les spéculations au sein des
élites parisiennes... »
2016
— 20 mars 2016, Gala (sous la plume de Séverine Servat):
«Madame Macron: la vraie première dame, c’est elle!
[...] Aujourd’hui, l’épouse du présidentiable ministre de
l'Économie séduit. Une First Lady est peut-être née. [...]
Sur ses talons de dix, à cinquante-six ans, l'épouse — de dix-
neuf ans son aînée — du ministre de l'Économie, galope loin
devant Madame Valls, à savoir la violoniste Anne Gravoin, en
termes de popularité. » ; — Mai 2016, Et Brigitte créa Macron,
Pop Story (premier grand portrait consacré à « Brigitte » par
Sylvie Bommel): « En 1993, une prof d’un grand lycée de
province et son brillant élève, de 24 ans son cadet, tombent
follement amoureux. Une passion transgressive qui ne cessera
de porter le jeune homme. [...] La petite dernière des Trogneux
naquit le 13 avril 1953, à Amiens [NDA: la date de naissance
officielle est pour la première fois donnée] [...] Elle aimait les
jupes courtes et les escarpins. Probablement était-ce sa tenue
de rentrée scolaire puisqu'il faisait beau et chaud à Amiens,
le 7 septembre 1993. [...] Oui, la vie de Brigitte était sur de
Page 6
\
ÀA
bons rails mais, en cette rentrée 1993, elle allait dérailler. Le
garçon qui allait la détourner du droit chemin n’avait que 16
ans. Il s’appelait Emmanuel, comme le nom du Messie à venir
dans l’ Ancien Testament. »; —13 septembre 2016, Libération:
« Brigi jourd’hui 57 ans, Emmanuel en a 38. »
2017
— 16 février 2017, Macron, Confidences littéraires, entretien
d'Emmanuel Macron avec Jérôme Garcin, L'Obs: «— À
16 ans, vous vous dites: « Je serai écrivain »? — Oui, j'en suis
alors convaincu. C’est mon unique vocation. Une vocation
que, avant d’être ma femme, Brigitte, quand elle était ma prof
de français, avait partagée et encouragée. »; —8 mars 2017, Les
Macron, Caroline Derrien et Candice Nedelec, Fayard: « Il
faut l’entendre se délecter à nous raconter les belles heures de
sa vie. La folle histoire d’une quadra, enseignante admirée,
mariée, partie s’aventurer avec un (très) jeune premier. Cet élève
né vingt-quatre ans après elle — et qu’elle n’a jamais eu dans
sa classe. [...] Un garçon de quinze ans inscrit au club théâtre.
En ce printemps 1993, il goûte alors pour la seconde fois au
jeu des rôles — cette découverte de soi en incarnant la vie d’un
autre. [...] Contrairement au vers rimbaldien, Emmanuel est
parfaitement sérieux lorsqu'il ose déshabiller son cœur auprès
de son enseignante. Il n’a pas même encore dix-sept ans. »;
—27 mars 2017, Emmanuel Macron, Femme Actuelle : « Quand je
vois certaines imitations, certains comiques, certains magazines :
c’est de la misogynie ordinaire. Je dis souvent: si les rapports
d'âge étaient inversés, ça ne choquerait personne, les gens
trouveraient ça super. Alors, elle est magnifique et le fait qu’elle
ait 20 ans de plus que moi est terrible parce que c’est un objet
de railleries, d’incivilités terribles. »; —6 avril 2017, Emmanuel
Macron, un jeune homme si parfait, Anne Fulda, Plon: « Des
années plus tard, encore dans l’élan et l’émoi de cette rencontre
extraordinaire, Brigitte confie à l’un de leurs amis: « Tu sais, le
jour où on a écrit cette pièce ensemble, j'ai eu l’impression de
travailler avec Mozart! » Brigitte, âgée alors de trente-neuf ans,
tente de résister. »; -25 mai 2017, L'Obs: « Brigitte et Emmanuel
se rencontrent dans un lycée catholique, à Amiens. Elle a 39 ans,
il va sur ses 15 ans [NDA: il a donc 14 ans]. Elle, prof admirée
par ses élèves, spontanée, directe, solaire. Lui, surdoué qui sait
tout sur tout, allure de poète. Quelques mois à se fréquenter à
l'atelier théâtre, et la complicité se mue en idylle. »
2018
— 17 janvier 2018, Brigitte Macron. L'Affranchie, Maëlle Brun,
L’ Archipel: « Lorsqu'ils se rencontrent, au milieu des années
1990, elle est déjà nourrie de ses propres contradictions. [...]
Lorsque l’adolescent de quatorze ans intègre l’atelier théâtre, en
septembre 1992, Brigitte ne l’a jamais eu en cours. Elle l’a bien
aperçu lors d’une remise de prix pour un rapport de stage, en
troisième. Parmi les lauréats, il avait alors disserté sur la vanité
d’un tel honneur... Mais elle le connaît surtout de réputation.
«J'ai dans ma classe un fou qui sait tout sur tout », lui a
rapporté sa fille Laurence. [...] Très vite, l’élève de seconde est
en effet très troublé par sa prof. Et de son côté, elle apprécie sa
différence. [...] Celui dont on raillera deux décennies plus tard
les mises en scène christiques a déjà le sens de la dramaturgie.
Il va commencer à l’explorer dans La Comédie du langage,
A du ISavrilau1Smai2021 FAITS DOCUMENTS
ENQUÊTE
Providence “se tapait une prof”.
une pièce de Jean Tardieu que Brigitte Auzière 2€
de monter. Son futur mari y incarne un épouvantail Ei =
des longues heures de répétition, son interprétation la
« Je trouvais qu’il était incroyable sur scène. Je me
“Quelle présence !” », reprend-elle. Le 17 mai 1993, €
confirmation lors de la représentation de fin d’année, sur la sa
de La Providence. [...] Son année de naissance est bien coss
après avoir longtemps été une énigme pour certains jours
qui la rajeunissaient encore de cinq ans en septembre
[...] Chez les Trogneux, on n’a pas le goût du scandale. E Ti
est à mille lieues d’imaginer le vaudeville qui se trame da
la maison familiale, où le couple se retrouve. « E E
profitait des absences de Jean-Claude Trogneux [NDA <
frère aîné] pour se faufiler auprès de Brigitte qui se de
bord de la piscine familiale. Et s’enfuyait dans les buisse
sa serviette, dès qu’il réapparaissait », racontait une pre
2016, dans les pages de Pop Story. La confrontation
pourtant lorsque l’aîné de la fratrie tombe sur le couple
jardin. C’est le point de départ de nombreuses querelles &
Elle ne parviendra pas à les convaincre de cette nécessss
première dame peut bien assurer avoir toujours perçu
Macron comme un contemporain, ses proches, eux. me
l’époque chacune des vingt-quatre années qui les sépare
2019
— 3ljanvier 2019, Madame la présidente,
Schuck et Ava Djamshidi, Plon: « Ses vingt-quatre a=
différence avec son époux demeurent son talon d'Ache
—2 mai 2019, II venait d'avoir 17 ans, Sylvie Bo i.
C. Lattès: «Il est en classe de seconde. Il noue une $
avec sa professeure de théâtre, une femme mariée de
son aînée. [...] Hiver 1992-1993. Le club Théâtre du T
périclitait depuis quelques années, Brigitte Auzière se <
pas fait prier pour le ranimer. Une douzaine de lycées
inscrits dont ce garçon qu’elle avait aperçu à la céré
des rapports de stage, Emmanuel Macron, qui est en secas
comme sa fille Laurence ».
2021
— 20 janvier 2021, Deux jeunesses françaises,
Algalarrondo, Grasset: «À La Providence.
préoccupations pédagogiques l’emportent depuis long
sur le prosélytisme religieux. Au chapitre « Notre misss
il est ainsi affirmé: Notre responsabilité est de ee
les élèves à découvrir leur chemin, développer leur
renforcer leur caractère. » Un peu plus loin, on lit: «
formons de bons élèves, mais notre succès se mesure das
la formation de vraies belles personnes en les éveillant 2
justice, en les responsabilisant, et en leur faisant vivre d
expériences adaptées à leur âge [sic]. » [...] Alors ms
centre-droit d’Amiens, Gilles de Robien connaît biss
famille Trogneux. Le père, Jean, a été l’un de ses g
soutiens quand il a arraché la mairie, il a eu vent de T
m'’a-t-il confié. Il croit même se souvenir que Le
picard lui a consacré un article. Vérification faite, en
inexact. Mais un journaliste du quotidien régional m'æ
qu'il avait bien entendu dire, à l’époque, qu’un élève &
-
Voici donc comment la vérité a été dé-
voilée lentement, tout en euphémismes,
les auteurs peinant sur la fin à mas-
quer une certaine gêne. Pourquoi la
deuxième enquête de Sylvie Bommel
parue en 2019 s’intitule-t-elle J venait
d'avoir 17 ans alors que sa conclusion
est II allait sur ses 15 ans ? Pourquoi
Anne Fulda ne déduit-elle pas l’âge
d'Emmanuel Macron après avoir in-
diqué que « Brigitte » avait 39 ans lors
de leur rencontre. Pourquoi focaliser
l'attention sur la différence d’âge (« le
talon d’Achille ») alors que là n’est évi-
demment pas le sujet ?
Plus intrigant: comme le montre
notre chronologie, des personnages
furent inventés pour donner corps à
la première mouture de la légende
Macron, notamment cet «ancien de
La Providence » se rappelant encore
des poèmes de l'élève lus devant
toute la classe de première par la
professeure de français enamourée.
Cet « ancien de La Providence » est-il
le seul personnage fictif créé pour
les besoins de la geste macronienne ?
Les communicants ne reculeraient-ils
devant rien ? Touchant tous les sujets,
ce bidonnage systématique vire parfois
au grand n’importe quoi. Dans Paris
Match (11 août 2016), on lit que « sur
les questions d’Islam et de laïcité,
[Emmanuel Macron] échange avec
Abdelwahab Meddeb »... qui était
décédé depuis deux ans lors de la paru-
tion du publireportage…
Emmanuel Macron a suivi de très près
la médiatisation de « Brigitte » comme
le révèle la revue de presse qui lui fut
adressée le jour de la parution de la
première couverture que Paris Match
consacre à son couple, le 14 avril
2016 [cf. Encadré]. Prenant ce jour-là
au dépourvu François Hollande qui
devait s’exprimer à la télévision, le soir
même, il avait menti éhontément, allant
jusqu’à se défausser sur « Brigitte »
(complice) en expliquant: «Mon
épouse à laquelle je tiens beaucoup [...]
ne connaît pas le système médiatique.
Elle regrette d’ailleurs profondément ».
On retrouvera le même modus operandi
quant aux archives du documentaire
plus qu’hagiographique La Stratégie
du météore diffusé sur France3, le
21 novembre 2016, soit cinq jours
après la déclaration de candidature à
l'élection présidentielle.
——
FAITS DOCUMENTS au 15 avrit au 15 mai 2021
ENQUÊTE
De : GENIOLE Mathieu
Envoyé : jeudi 14 avril 2016 14:15
À: ME
Cc : KOHLER Alexis: FERRACCT Sophie; LACRESSE Emmanuel: DENORMANDIE
Julien; CAZENAVE Thomas; EMELIEN Ismael; NDIAYE Sibeth; DESCAMPS Anne;
LAFAY Quentin; FRUGIER Barbara; LEVEL Maeva; SEJOURNE Stephane
Objet : Veille alertes médias (1/2)
Paris Match dans les médias
- Dans la revue de presse de "Soir 3" à 23h20 : c'est un couple en
marche, ils sont ensemble sur la route du pouvoir, Brigitte Macron se
confie en exclusivité à l'hebdomadaire.
- Caroline Pigozzi (Paris Match) sur RMC ce matin : EM avait 14/15 ans
quand ils se sont rencontrés, et elle 35 ans. Bourdin ne juge
“absolument pas".
Pigozzi connaissait Brigitte via une belle-soeur décédée, elle La
pistait depuis longtemps, elle a dit oui parce qu'elle en avait assez
qu'on raconte des choses fausses. Concernant l'interview du PR ce soir,
c'est vraiment un hasard, c'est la journaliste qui lui courait après,
ils voulaient le faire la semaine d'avant et Brigitte disait non.
Bourdin lit la phrase : “Chaque soir on débriefe", Brigitte à un rôle
important, n'est pas dans le rapport de forces.
Sur la peoplolisation : c'est Paris Match qui a peoplolisé, ils n'ont
pas photographié chez eux. Elle à beaucoup "miaulé” pour avoir ces
photos mais il n'y a pas de photos chez eux. Le timing était bon, non il
n'y à pas de mise en scène du couple : elle avait envie de dire des
choses, Match a mis une pression énorme à la journaliste pour qu'elle y
arrive.
C'est un amour total : elle en parle avec les yeux qui brillent, c'est
passionnel. Sur le plan affectif elle mène la danse on dirait, mais elle
n'est pas directive.
Bourdin dit que c'est limite à l'eau de rose, ils marchent ensemble, ils
jouent au tennis, font du piano : "C'est man style à moi, je suis à
Match je fais du match".
=
On remarque, aux manettes de cette revue de presse, le nom de Mathieu
Géniole, community manager d'Emmanuel Macron à l'époque, c'est-à-
dire chargé de communiquer sur les « réseaux sociaux ». Géniole s'était
notamment fait remarquer dans son précédent emploi de chroniqueur média
au Nouvel Observateur en insultant les habitants d’Orange lors du départ du
1” Régiment étranger de cavalerie qui avait durement frappé l’économie de
la ville (« tout le monde s'en fout, et vous l’avez bien mérité. Voilà ce qui vous
attend avec l'élection de maires issus du Front national: l'abandon d’une
commune par l'État », leplus.nouvelobs.com, 14 octobre 2013). Ancien
casteur chez Jean-Luc Delarue (Réservoir Prod), Géniole a depuis disparu
des radars après avoir été cité comme affilié à la Ligue du LOL, du nom de ce
groupe de bobos parisiens de la com’ et des médias qui se livraient en meute
à du harcèlement en ligne avec une tonalité nettement misogyne et antisémite
(cf. Après le scandale de la « Ligue du LOL », pourquoi l’ex-CM de Macron
a-t-il effacé des centaines de tweets ?, 20minutes.fr, 22 février 2019).
du 15 avril au 15 mai 2021
Page 8
FAITS & DOCUMENTS
ENQUÊTE
Au 19/45 de M6, le 23 novembre 2016, Macron explique,
contre toute évidence, «ne pas avoir donné d’archives
personnelles », pendant que le réalisateur Pierre Hurel
affirme le contraire (« Il m’a donné certains documents lui et
son épouse, qui apparaissent dans le film, comme les images
du mariage [cf. Encadré], celles-là, il me les a données »). Et
Macron de feindre une nouvelle fois l’agacement: « Ce n’est
pas moi qui lui ai données, je ne les ai d’ailleurs pas! » (C à
vous, France 5, 24 novembre 2016).
En fait, le documentaire a été coproduit par Emmanuel
Chain et par la journaliste Béatrice Schönberg, proche
de « Brigitte » (et accessoirement épouse de Jean-Louis
Borloo). Les Macron l’ont visionné avant sa diffusion lors
d’une projection privée organisée dans la salle parisienne du
réalisateur Claude Lelouch: « L’ex-ministre vient juste de
déclarer sa flamme présidentielle. Le couple est aux premières
loges. Seul face à l’écran. Les autres derrière. » (Les Macron).
« Il faut absolument regarder La Stratégie du météore, film
que lui a consacré le réalisateur Pierre Hurel. Certaines
scènes sont tellement stupéfiantes [...] que le spectateur se
demande par moments s’il regarde un documentaire ou une
fiction, remake d’Un héros très discret de Jacques Audiard,
histoire d’un homme s’inventant un destin de résistant à la
Libération » (L'Obs, 5 janvier 2017).
Tout est étrange dans les images du mariage diffusées dans La Stratégie du météore, de cette robe sans manches et
particulièrement courte portée par « Brigitte », jusqu'à la cravate rose d’ Emmanuel Macron, sans même parler de la
pièce montée évoquant les cornes d’un Baphomet. Si les témoins d’ Emmanuel Macron sont bien connus, son condisciple
à Sciences-Po Paris Marc Ferracci et son mécène Henry Hermand, les témoins de mariage de « Brigitte », présentées
simplement comme des « amies d'enfance », restent inconnues. Étrangement, ce mariage n'apparaît pas dans Les Échos
du Touquet qui ne mentionnent qu'un baptême comme activité à l'hôtel de ville ce 20 octobre 2007...
Jeune loup balzacien ou adolescent
exfiltré par ses parents ?
Le 13 novembre 2015, la première tentative d’Emmanuel
Macron de sortir du bois en vue de l’élection présidentielle
de 2017 passe totalement inaperçue en raison de la vague
d’attentats ayant frappé Paris dans la soirée. À l’occasion d’un
portrait louangeur du Monde daté de ce jour (Le Fantasme
Macron), le ministre de l'Économie est mis à l’honneur par
l'émission phare de Canal+, Le Supplément, enregistrée le
13 novembre mais diffusée le lendemain.
Quand, présentant ce «nouveau visage », la voix off du
reportage du Supplément raconte qu’avec « Brigitte Macron,
son épouse, ils se sont rencontrés au lycée. Lui était en
première. Elle sa prof de lettres », Emmanuel Macron rectifie
en concédant l’« avoir connue un peu avant ses 16 ans »
alors « qu’elle était [son] professeur de théâtre ». Avant de
démentir vigoureusement avoir été mis hors de chez lui et
chassé du domicile parental, comme l’indiquait l’article du
Monde: « À 16 ans. élève de première, lauréat du concours
général de français, Emmanuel Macron est tombé amoureux
de son professeur de français, Brigitte Trogneux, mère de
trois enfants et de vingt ans son aînée. Toute la France connaît
aujourd’hui la romance qui plaît tant à l’électorat féminin. On
Page 10
du 15avrilau15mai2021 FAITS DOCUMENTS
ENQUÊTE
de celles-ci, aux abords de ces établissements ou locaux.
[...] Les peines sont portées à dix ans d'emprisonnement et
à 150000 euros d’amende lorsque les faits ont été commis à
l’encontre d’un mineur de quinze ans ».
Quand Gaëlle Dupont écrit dans Le Monde (19 mai 2017)
que « Mme Macron brise un tabou » car « elle a dépassé l’âge
auquel les femmes sont admises à figurer en photo dans les
magazines » et qu’elle « ose se montrer y compris en maillot
de bain », elle se trompe. La médiatisation à outrance de
l’histoire du couple Macron brise en effet un tabou. Celui de
la pédophilie en général, et de la pédophilie en milieu scolaire
en particulier. Et les condamnations de professeurs pour des
faits analogues apparaissent d’ailleurs de temps à autre dans
les pages faits divers de la presse quotidienne régionale...
Dans leur biographie pourtant bienveillante, Caroline
Derrien et Candice Nedelec finissent par reconnaître: « La
majorité sexuelle est, de fait, portée à dix-huit ans et non à
quinze lorsque toute personne a autorité sur des mineurs. Les
enseignants ne sont ainsi pas autorisés légalement à entamer
une relation intime avec leurs élèves. [...] Ce diptyque
professeur-élève, par certains aspects, emprunte parfois à la
relation tutélaire d’un parent à son enfant » (Les Macron).
Tout cela fut noyé dans le brouillard de la différence d’âge,
un problème créé à dessein par les communicants qui, dès le
début, ont distillé le mensonge sur le sujet (cf. La Rencontre).
Puis, alors que très peu de critiques avaient été exprimées
publiquement (un calambour de Laurent Ruquier, une ligne
ironique de Luc Le Vaillant dans Libération, une plaisanterie
d'Éric Brunet et quelques caricatures dans Charlie Hebdo),
fut installée l’idée que toute remarque serait « misogyne »
puisque la différence d’âge aurait été acceptée sans problème
dans le cas contraire...
Ce procédé de culpabilisation par le chantage victimaire fut
doublé du rappel incessant de l’affaire Gabrielle Russier,
du nom de cette enseignante qui se suicida après avoir été
incarcérée pour détournement et enlèvement de mineur. On
monte encore d’un cran avec Sylvie Bommel qui, zélée,
écrit qu’« en matière de ragots, la capitale picarde n’a jamais
été la dernière. Au début des années 1970, ce fut une des
villes de France où la rumeur dite d'Orléans s’incrusta le
plus durablement. Elle prétendait que des dizaines de jeunes
filles disparaissaient après avoir été chloroformées dans les
cabines d’essayage de magasins de vêtements. Détail qui n’en
est pas un, la rumeur ciblait particulièrement les boutiques
appartenant à des Juifs. [...]. Rue Saint-Simon, une voisine
des Auzière, planquée derrière son rideau, comptabilise les
allées et venues d’Emmanuel et décide qu’il est de son devoir
d'informer la direction de La Providence. Au moins celle-
ci signe-t-elle la missive de son nom». S’étonner du fait
que la biographie officielle d’un président de la République
tourne autour d’une relation entre un adulte et un adolescent
relèverait-il de l’antisémitisme ?
Plus loin, la même Sylvie Bommel finit toutefois par cracher
le morceau: « Pendant la campagne présidentielle, quand
il a bien fallu livrer quelques détails sur les circonstances
de leur rencontre, les époux Macron ont tout fait pour que
les trois mots fatals « détournement de mineur » ne soient
jamais prononcés. »
C’est ainsi qu’il faut comprendre le grotesque article paru
dans Closer (10 février 2017) proclamant « non, Brigitte et
Emmanuel Macron n’ont pas eu de relation charnelle lorsqu'il
était lycéen: Brigitte Auzière, séduite par ce fringant lycéen
hors norme, n’a pas goûté au pêché de chair avec Emmanuel
Macron lorsqu'elle dirigeait le club théâtre. »
Notons qu’à l’époque de la parution de l’article, la mention
du « club théâtre » est pleinement intégrée au narratif après
avoir été pendant quatre ans camouflée. Il faut dire qu’une
biographie faisant débuter dans un club théâtre une carrière
politique indexée sur une aventure sentimentale aurait donné
l’image d’un Emmanuel Macron simple comédien piloté par
son professeur de théâtre. Une trame renvoyant inévitablement
à The Ghost Writer, le chef-d'œuvre totalement explosif de
Roman Polanski: « Comme si leurs rôles étaient finalement
bien répartis dans cette marche au pouvoir: Emmanuel
montre ses réserves, et Brigitte, d’emblée, s’affiche partante.
Mais tous deux sont si fiers de leur singulière histoire, fiers
de [l ] afficher à la face du monde. [...] Heureux d’incarner à
l’écran ce couple » (Les Macron).
Dans l’article de Closer, on remarque la présence de deux
éléments de langage destinés à maquiller les faits, une fois de
plus. D’abord Emmanuel Macron est décritcommeun « fringant
lycéen hors norme » et «Brigitte» est présentée comme
« séduite ». En bref, l'initiative reviendrait à l’ adolescent...
Un « narratif » que l’on retrouve sur la première couverture
que Paris Match consacre au couple, le 14 avril 2016 (« sa
première décision d’homme a été de l’épouser »), chez Sylvie
Bommel reprenant mot pour mot et sans guillemets les mots
prononcés par Brigitte Macron dans La Stratégie du météore
(« l'intelligence d’Emmanuel la subjugue. Pour un garçon qui
vient d’avoir seize ans, ses capacités sont hors norme. Il se
souvient de tout et dans sa tête, tout est au bon endroit, bien
rangé »), chez Anne Fulda (« Brigitte, âgée alors de trente-
neuf ans, tente de résister »), chez Maëlle Brun (« il avait un
rapport à l’adulte, à tous les adultes, d’égal à égal », « lui qui,
trois livres sous chaque bras, parle à ses enseignants comme
à ses semblables »), etc.
Une fois les rôles inversés, il devenait facile d’utiliser l’objet
du scandale pour le tourner à l’avantage d’ Emmanuel Macron
d’en faire un pilier de sa biographie le posant en conquérant,
et en fer de lance du progressisme sociétal: « C’est ce qu’on
a vécu pendant quinze ans. La situation d’aujourd’hui, nous
l’avons conquise parce qu’on l’a voulue. Elle ne s’est pas
construite du jour au lendemain » (rapporté par Anne Fulda,
Un Jeune homme si parfait) ; « Nous nous sommes mariés en
2007. Cela fut la consécration officielle d’un amour d’abord
clandestin, souvent caché, incompris de beaucoup avant de
s’imposer à eux. J’ai été sans doute opiniâtre. Pour lutter
contre les circonstances de nos vies qui avaient tout pour
nous éloigner. Pour m’opposer à l’ordre des choses qui dès
la première seconde, nous condamnait. [...] Nous avons, tout
au moins je l’espère, construit une autre famille. Un peu à
part, certes différente. Mais où la force de ce qui nous lie est
plus invincible encore. [...]. Il n’est pas une journée sans que
Sébastien, Laurence et Tiphaine ne l’appellent, la voient,
la consultent. Elle est leur boussole. Progressivement, ma
vie s’est ainsi remplie de ses trois enfants, de leurs conjoints,
FAITS DOCUMENTS du 15 avril au 15 mai 2021
ENQUÊTE
Christelle, Guillaume, Antoine et de nos sept petits-enfants
Emma, Thomas, Camille, Paul, Elise, Alice et Aurèle.
C’est pour eux que nous nous battons ».
L’ombre de Dominique Strauss-Kahn
Largement remanié au fil des réécritures successives (cf.
La Rencontre), le storytelling de « Brigitte » fut couché sur
papier parallèlement à son installation à l’Élysée puis publié en
janvier 2018 dans Brigitte Macron. L'Affranchie. Si l’auteur,
Maëlle Brun, chef du service people au magazine Closer s’est
défendue d’avoir livré une biographie autorisée (AFP, 11 janvier
2018), la troisième page de cette hagiographie particulièrement
flagorneuse trahit la substance de la manœuvre puisqu’on
apprend que l’ouvrage, paru aux Éditions de l’ Archipel, « est
proposé par Michel Taubmann ».
Theaward-winnng magazine of ideas, lifestyle and cutrure
The
C’est Brigitte Macron. L’Affranchie qui servira de base
: au portrait Brigitte Macron, agent provocatrice, publié
le 11 septembre 2018 par 1843, le supplément du très
élitiste The Economist (contrôlé par les familles Agnelli
et Rothschild) consacrant « Brigitte » comme une
personnalité internationale de premier plan. Fini « BB »,
voici « Brigitte », intronisée « nouveau modèle pour les
femmes françaises » et « remède à la société patriarcale ».
Si cette mention est passée inaperçue et que le nom de Michel
Taubmann ne dit rien au grand public, ce détail revêt une
importance certaine, puisque réapparaît ici un journaliste
à la «très mauvaise réputation » (Libération, 3 décembre
2011), un activiste issu des rangs trotskystes devenu, dans le
sillage du 11 septembre 2001, un des principaux « néocons »
français. Il fut ainsi l’animateur du Cercle de l’Oratoire et de
sa revue Le Meilleur des Mondes, aux côtés de son épouse
Florence Taubmann (née Guillaume), pasteur de l’Église
réformée de France, présidente de l’ Amitié judéo-chrétienne
de France et récipiendaire à ce titre d’une Menorah d'or
du B’naï B'’rith, la franc-maçonnerie juive (cf. Mystères et
secrets du B'naï B'rith, Emmanuel Ratier, Facta, 1993).
Michel Taubmann, dont le portrait détaillé est paru dans le
n° 327 de F&D, s’est surtout fait remarquer pour avoir été, en
amont de l’élection présidentielle de 2012, l’hagiographe de
Dominique Strauss-Kahn, en signant d’abord Le Roman vrai
de Dominique Strauss-Kahn, paru aux Éditions du Moment
(aujourd’hui disparues) fondées par Yves Derai, un vieux
routier de la presse communautaire juive recyclé dans l’édition
avec le soutien financier de la famille Ouaki des magasins
Tati. Après la chute du futur ex-président de la République,
Taubmann récidivera avec Affaire DSK, la contre-enquête
(chez le même éditeur) où sa tentative de réhabilitation sera
jugée tellement «conspirationniste » que le «managing
director » du FMI déchu finira par prendre ses distances...
Cette «contre-enquête » s’inscrivait d’ailleurs dans une
opération de communication plus large pour laquelle avait
été enrôlé, aux États-Unis, le journaliste Edward J. Epstein.
De part et d’autre de l’Atlantique, le lien avait été établi par
le sulfureux Al Taubmann, l’ancien patron de Sotheby’s
décédé en 2015. De brèves biographies d’Edward J. Epstein
et d’AI Taubmann sont parues dans notre enquête sur le Livre
noir de Jeffrey Epstein où les deux figurent en bonne place...
Michel Taubmann est loin d’être la seule connexion entre
l’« opération Macron » et la « communication » de Dominique
Strauss-Kahn, c’est-à-dire essentiellement la couverture de
son train de vie. Deux autres personnages relient les deux
entourages: le binôme issu de Havas (ex-Euro RSCG)
composé du publicitaire Gilles Finchelstein (accompagné
de son poulain Ismaël Emelien) et du sulfureux Ramzi
Khiroun. Comme ce fut le cas pour la banque Rothschild et
pour McKinsey, la place prépondérante jouée par Havas et
ceux qui avaient constitué l’ossature de la garde rapprochée
de DSK fut oblitérée de la légende dorée d’En Marche !
« Une campagne de porte-à-porte dans toute la France pour
laquelle 12000 personnes se sont portées volontaires (sur
les 50000 adhérents au mouvement). Pour la mener à bien,
Emmanuel Macron s’est appuyé sur la technologie d’une
start-up française. Une application mobile va permettre de
faire remonter les informations récoltées sur le terrain par les
« marcheurs » auprès de leurs 100000 interlocuteurs ». De
ces dites « informations », les seules traces seront de pures
évidences démagogiques utilisées pour le projet En Marche !,
où figureront des propositions telles que «permettre à
chacun de développer ses capacités et de choisir sa vie ».
Vaste programme... Le message trompeur est passé: chiffres
énormes d’adhésions, base populaire de bénévoles, proximité
et écoute des autres, langage jeune et techno, petite boîte
sympa à la pointe du progrès. Or, la réalité, autrement
sérieuse, est que la communication de Macron est largement
pilotée par des experts d’Havas, sous la houlette de Gilles
Page 12
Finchelstein, qui rencontre le ministre chaque semaine. [...]
Certains experts, se piquant d'esprit critique, verront dans cette
« grande marche » un « outil du marketing » ou « une étude
de la demande » afin de construire un programme répondant
aux attentes, comme on lancerait un produit. C’est jouer au
savant alors que l’on ignore tout du marketing. Les études de
marché ne sont pas réalisées par des amateurs demandant, au
hasard des rencontres, ce que désirent les consommateurs !
Cela fait longtemps qu’il existe des méthodes fiables de
recueil (panel postal ou on line, interrogation d’un échantillon
représentatif en face-à-face ou par téléphone, focus group,
entretien semi-directif, social listening, etc.) qui n’ont aucun
rapport avec un tel procédé, d’où nulle donnée intéressante
ne pourrait émerger. Le moment venu, En Marche ! - comme
toutes les autres formations politiques — fera très fortement
appel à ces techniques professionnelles (souvent coûteuses)
pour orienter et piloter la campagne électorale au jour le
jour. [...] De manière générale, le plan com’ concocté par
les experts d’Havas a toujours consisté à lancer des éléments
dans la presse à sensation, ce qui permet de tester les réactions
et éventuellement de faire machine arrière en démentant d’un
air outragé l’information que l’on a soi-même fournie. Si
tout se passe bien, les éléments de communication sont alors
reproduits en abondance dans tous les magazines, quotidiens,
radios et télévisions. C’est un métier » (Opération Macron).
Ilestdifficile de définir précisément le périmètre d’intervention
de Ramzi Khiroun auprès d’Emmanuel Macron, son rôle
ayant été très peu couvert, à la fois en raison du penchant très
procédurier du personnage, de la crainte qu’il inspire et de la
mise à distance des journalistes par les équipes d’ Emmanuel
Macron. Ancien démineur en chef de Dominique Strauss-
Kahn, un temps contractualisé chez Euro RSCG, il est devenu,
depuis l’affaire du Sofitel, une personnalité incontournable
du petit Paris des médias, de l’édition, des affaires et de la
politique en qualité de directeur des relations extérieures
de Lagardère SCA et «conseiller spécial» d’Arnaud
Lagardère, jouant également de sa proximité avec Vincent
Bolloré pour peser sur la recomposition médiatique en cours
(biographie publiée en juin 2015 dans les numéros 397 et 398
de Faits & Documents). Son rôle auprès d’ Emmanuel Macron
est apparu en pointillé dans un article de Vanity Fair paru en
décembre 2017 : « Pour le premier JT et la première grande
émission de télé sur France 2 d'Emmanuel Macron, Ismaël
Emelien appelle le parrain Khiroun. Le communicant,
désormais bras droit d’ Arnaud Lagardère [NDA : qui contrôle
Paris Match, le JDD, Elle, etc.], arrive à Bercy, s’installe,
interpelle Macron : “Alors, pourquoi fais-tu cette émission ?”
Regards complices, Ismaël et lui s’en amusent autour de la
table: “On a un peu l’impression de replonger dix ans en
arrière !” » L’article de Sophie des Déserts décrit encore un
Ramzi Khiroun tapi dans l’ombre, en contrebas de la scène,
lors du discours victorieux d’Emmanuel Macron, le 7 mai
2017, sous la pyramide du Louvre.
FAITS & DOCUMENTS
ENQUÊTE
du 15 avril au 15 mai 2021
Il n'existe aucune photo-
graphie connue de Ramzi
Khiroun avec le couple
Macron et, officiellement,
« Brigitte » aurait refusé
ses offres de service. Mais
tandis que les équipes de
Quotidien interrogeaient
l'animateur Bernard
Montiel devant le QG
d'En Marche!, le 7 mai
2017, les initiés ont vu ap-
paraître en arrière-plan,
la silhouette de l’ancien
« chargé des opérations
spéciales » du libidineux
DSK.
Le rôle de Gilles Finchelstein auprès d’Emmanuel Macron est
un peu mieux documenté, bien que trop rarement mentionné.
Né en 1963, celui qui commença comme collaborateur de
Michel Rocard, puis de Pierre Mauroy, a supervisé la
rédaction de la plupart des textes, programme et discours
lors des candidatures de Lionel Jospin en 1995 (en duo avec
Vincent Peillon) et en 2002 (en duo avec Pierre Moscovici).
Toujours dans la coulisse, il participera encore à la rédaction
du discours prononcé par François Hollande au Bourget en
2012 (« Mon adversaire, il n’a pas de nom, il n’a pas de visage,
c’est le monde de la finance ») ou encore à celui prononcé en
mars 2017 sous les voûtes de l’abbaye des Vaux de Cernay
pour les soixante ans du Traité de Rome.
Très éloignée de la base, sa centralité au sein du PS fut
consacrée par le haut, en novembre 1999, avec une sélection
à participer au sommet sur les politiques économiques
françaises et britanniques de la Fabian Society, principale
société d'influence politique de la gauche mondialiste en
Angleterre. C’est lui qui fut chargé de rédiger la synthèse de
cette rencontre historique, peu après que le Premier ministre
travailliste anglais Tony Blair eut lancé la « Troisième
gauche » parfaitement incarnée par l’actuel « progressisme »
d’Emmanuel Macron (on consultera à ce sujet Les Socialistes
français face à la Troisième voie britannique, Thibaut
Rioufreyt, PUG, 2017). Dans la foulée, Finchelstein sera
promu directeur général de la Fondation Jean-Jaurès, le think
tank créé en 1992 par Pierre Mauroy dont il était alors le
conseiller à la présidence de l’ Internationale socialiste (1992-
1999) après l’avoir secondé lorsqu'il était Premier secrétaire
du Parti socialiste (1988-1992).
(Suite au prochain numéro)